mercredi 14 mai 2014

Article La Terre de chez nous 23 octobre 2003 ~ droit femme agricultrices

Extrait de:  cybersolidaires.org/ameriques/aidejuridique...  

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Vaches à Bruxelles

«  Article paru dans La Terre de chez nous le 23 octobre 2003

L’aide juridique : les femmes en milieu rural aussi concernées
Hubert Brochard
L’aide juridique du Québec est la plus en avance au Canada. Toutefois, elle comporte des lacunes. Par exemple, les barèmes d’admissibilité des personnes seules à l’aide juridique n’ont pas été révisés depuis vingt ans. D’autre part, ces barèmes désavantageraient les agricultrices et agriculteurs possédant des bâtiments de ferme d’une valeur marchande importante mais aux revenus agricoles précaires. Par ailleurs, une étude effectuée en Montérégie par l’organisme Inform’Elle, en 2001 et 2002, relève divers problèmes vécus par les femmes bénéficiaires de l’aide juridique en droit matrimonial (séparation du couple, garde des enfants, etc.): avocats débordés et pas toujours disponibles, manque d’informations, documents difficiles à comprendre, sentiment que leurs préoccupations ne sont pas suffisamment prises au sérieux, notamment en situation de violence conjugale. Inform’Elle, un organisme de Montérégie qui renseigne les femmes sur leurs droits juridiques matrimoniaux, organise les 30 et 31 octobre prochains le colloque « Pour repenser l’aide juridique ». Un des ateliers traitera de la situation des femmes en milieu rural aux prises avec la violence conjugale.

Une aide bienvenue… à améliorer!

Rappelons que l’aide juridique du Québec permet aux personnes défavorisées financièrement de se faire représenter en justice gratuitement, ou moyennant contribution si les revenus dépassent un certain seuil. Les barèmes d’admissibilité sont basés sur les revenus bruts, et sur certains biens et actifs. « Mais ces critères risquent de désavantager les agriculteurs, car il arrive que même des propriétaires d’une ferme valant un million de dollars ou plus aient des revenus parfois très modestes », insiste Irène Marais, présidente du Réseau des entreprises familiales (REF), représentante de l’AFEAS et productrice agricole. « Le gouvernement pourrait se baser uniquement sur les revenus nets des fermes et des autres PME », suggère Mme Marais.
D’autre part, les femmes agricultrices qui ne possèdent ni titre de propriété, ni part de l’entreprise agricole peuvent se trouver très démunies en cas de divorce ou de séparation. « Les femmes qui n’ont pas suffisamment d’économies ou d’actifs peuvent bénéficier de l’aide juridique. Une fois qu’elles reçoivent la pension alimentaire à laquelle elles ont droit, leur dossier est réévalué », explique Jean-Roch Bergeron, du bureau d’aide juridique de Saint-Eustache. Il arrive en effet que des agricultrices ont recours à l’aide juridique, dit-il. Ce que confirme Me Caroline Amireault, avocate privée dont le bureau de L’Épiphanie effectue à l’occasion des mandats d’aide juridique. « Ce genre de situation se produit quand par exemple la maison, la ferme et le compte en banque sont au nom d’un seul des deux conjoints », précise Me Amireault.
« C’est leur statut juridique qui rend les femmes agricultrices vulnérables en cas de séparation du couple. De là l’importance de s’associer en compagnie ou en société. Le but n’est pas de semer la méfiance entre les conjoints, mais simplement d’assurer un meilleur équilibre entre les risques », souligne Gisèle Marleau, présidente du Syndicat des agricultrices de Val-Jean (région de Saint-Jean-Valleyfield). Mme Marleau rappelle que d’après les statistiques québécoises, encore peu de fermes fonctionnent selon ces deux dernières options. En effet, bien que le portrait évolue, seulement le cinquième des agricultrices membres de l’UPA avait une part dans l’entreprise agricole en 20021. La moitié des entreprises agricoles du Québec sont la propriété unique d’une seule personne, les femmes propriétaires ne représentant que 8,9 % de ce nombre2. Par exemple, en Montérégie, seul le quart des agricultrices étaient propriétaires d’entreprises agricoles, et 14 % de celles-ci l’étaient en propriété unique3.
« On croit encore que les conjoints de fait ont les mêmes droits que les conjoints mariés. Ce n’est pas le cas. Sans contrat de mariage, il est important de rédiger un contrat de vie commune », rappelle pour sa part Lucie Hénault, criminologue et directrice de la Maison La Source de Sorel, un établissement d’aide et d’hébergement pour femmes victimes de violence conjugale. « Les femmes ne doivent pas hésiter à assurer leur sécurité légale et financière et surtout à se positionner comme partenaire d’affaires », ajoute Mme Hénault, qui sera l’une des intervenantes au colloque sur l’aide juridique tenu par Inform’Elle.
« Ce sont encore plus souvent les femmes qui laissent leur part d’actions aux enfants quand ceux-ci prennent la relève de la ferme, enchaîne Irène Marais. Et, en cas de problème, pour prouver qu’elle a réellement travaillé dans l’entreprise familiale, la femme doit notamment fournir le témoignage des fournisseurs d’intrants de la ferme! Or, cela place ces derniers en conflit potentiel avec le client qui leur reste, c’est-à-dire le conjoint. » Un autre dossier occupe intensément Mme Marais (et la Fédération des agricultrices du Québec), celui de l’assurance-emploi pour les femmes agricultrices.

Besoins criants, critères dépassés

Le colloque répond à d’autres besoins criants touchant les demandes d’aide juridique en droit matrimonial. Au Québec, 70 % des demandes d’aide juridique dans ce domaine sont faites par des femmes, qui ont majoritairement la charge et le soin des enfants, selon la Commission des services juridiques, l’organe qui chapeaute l’aide juridique au Québec. Et plus de la moitié des femmes qui s’occupent seules d’enfants mineurs vivent au seuil de la pauvreté4. L’étude réalisée par Inform’Elle a également révélé que toutes les femmes ne connaissaient pas l’existence de l’aide juridique. D’autre part, les avocats privés et ceux des bureaux d’aide juridique interrogés se sont dit mal équipés pour résoudre les cas de séparation de couple, où l’affectif a un impact considérable.
Pour avoir droit à l’aide juridique, les personnes seules ne doivent pas gagner plus de 8870 $ de revenus bruts par an, un plafond qui n’a pas changé depuis… 1981. Pour un couple élevant deux enfants ou plus, le revenu familial total ne doit pas dépasser 17 500 $. On comprend alors pourquoi de plus en plus de gens décident de se représenter eux-mêmes en cour, avec pour résultat direct qu’ils sont souvent mal préparés et qu’ils méconnaissent leurs droits.
Les dossiers d’ordre matrimonial sont-ils plus délicats en milieu rural? « Il y a des problématiques distinctes, reliées à la distance et à l’isolement, explique Brigitte Verdière, chargée de projet chez Inform’Elle. Face à la violence, les femmes ne savent où chercher de l’aide. Dans la salle d’attente du médecin du village où tout le monde se connaît, par exemple, il est parfois gênant de ramasser une brochure traitant de violence conjugale », ajoute Mme Verdière. Le colloque examinera également cette question ainsi que des propositions de réforme de la loi avancées par Inform’Elle.
Pour information : Inform’Elle, 450-443-3442, ou 1-877-443-8221, pour les appels interurbains en Montérégie ; site Web : www.informelle.osbl.ca.
1 UPA, Agri-Portrait Québec 2003, 82 p.
2 MAPAQ, Le Québec bioalimentaire en un coup d’œil : portrait statistique, édition 2002, 37 p.
3 MAPAQ, Fiches d’enregistrement des exploitations agricoles, 2003.
4 Québec, Secrétariat à la condition féminine, 12. La lutte contre la pauvreté, le soutien social. Document électronique http://www.scf.gouv.qc.ca/pdf_fr/fiche_12_fr.pdf

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