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« 2ème Conférence internationale des agricultrices : Présentée à Washington (D.C.), cette conférence s'est avérée très américaine ! » Irène Marais Blondiau, La Partenaire, vol. xvii, no. 1, septembre 1998.
2ème Conférence internationale des agricultrices
Washington, du 28 juin au 3 juillet 1998
Un bref historique est nécessaire. En 1991 à London, Ontario, lors de la 5ème conférence nationale des agricultrices, le RCA (Réseau Canadien des Agricultrices) a émis le souhait d'organiser une conférence mondiale des Agricultrices.
Lors de ces discussions, Mme Mary Salce d'Australie était présente et elle nous a dit d'essayer de la mettre sur pied. Si nous ne trouvions pas les fonds, l'Australie serait prête à la prendre. Vu que nous n'avons pas obtenu le support financier voulu, nous, du RCA, l'avons passé à l'Australie qui l'a présentée à l'Université de Melbourne du 1er au 3 juillet 1994.
Suite à cette conférence, le RCA a recommencé toutes les démarches auprès du Ministère d'Agriculture Canada, en collaboration avec l'appui des 5 Leaders canadiennes. Ceci, afin de pouvoir tenir la 2ème conférence au Canada pour 1996 ou 97, et ce, sans aucun succès ni volonté politique de notre gouvernement.
En plus, il y a eu changement de Ministre après les élections et c'est ainsi que la 2ème conférence a été reprise par le gouvernement américain.
Les Agricultrices américaines ne fonctionnent pas comme nous au Canada, avec une solide coalition nationale. Ce qui à donné comme résultat que le Gouvernement américain a pris le contrôle complet de cette conférence Internationale en nous inondant de conférenciers pendant ces 6 jours de réunions.
Plus de 147 conférenciers, pour bien tenir les femmes occupées, sans aucun temps de planifier pour nous permettre de nous réunir afin d'étudier les propositions ou recommandations à émettre en fin de session. Le pire de tout, c'est que nous n'avions pas le droit de rendre public nos recommandations ou propositions sans l'accord préalable de Madame Albrigth, secrétaire d'État.
Il a fallu que les vraies agricultrices présentes se prennent en main et organisent des soirées d'informations sur quelles stratégies nous allions adopter afin de pouvoir émettre des recommandations ou résolutions à la fin de cette conférence. Le deuxième soir, les membres du CA du RCA, dont je fais partie, se sont jointes à ce groupe qui essayait de formuler des résolutions, tant bien que mal, il faut le dire.
J'ai pris la parole à un moment donné car je trouvais que tout le monde travaillait dans le vide complet. Au début de cette conférence nous n'avions reçu aucun résumé de ce qui avait été décidé et proposé à Melbourne en Australie, ni du suivi fait à cette conférence de 1994.
Avaient-elles été déposées à la plate-forme de Beijing en 1995 ? Quel suivi y a t-il eu là-bas ? Comme j'avais été à la 42ème session des Nations Unies en mars 1998, je leur ai demandé si elles savaient qu'en l'an 2000 il y aurait une session spéciale aux Nations Unies sur "5 ans après Beijing". Personne n'était au courant et qui plus est, le Gouvernement Espagnol a lui aussi pris en main la 3ème conférence internationale pour l'an 2000.
Ce qui est une perte totale pour les agricultrices, car elles n'ont plus de place dans l'élaboration du contenu de ces conférences, comme cela s'est fait aux États Unis. Les quelques organismes agricoles de femmes qui ont voulu s'impliquer ont été refusés par le gouvernement américain.
J'ai également interpellé la représentante de l'Espagne qui était présente, en lui demandant de ne pas mettre la 3ème conférence avant la session spéciale de l'O.N.U. sur "Le 5 ans après Beijing".
Lors de la "conférence américaine", j'ai un peu enquêté sur l'identité des agricultrices présentes. Sur ±1300 présences, la représentation se faisait comme suit : 200 fonctionnaires, 500 agricultrices attachées à des agences gouvernementales américaines, 300 agricultrices d'une quarantaine de pays en voie de développement sélectionnées par le gouvernement faisant presque toutes parties d'agences gouvernementales. Donc, pas vraiment libre de formuler des opinions et enfin, environ 140 vraies agricultrices d'Australie, une quarantaine d'agricultrices canadiennes et le reste étant des américaines.
Comme tout le monde le sait, l'agenda du président des États-Unis est établi presqu'un an d'avance et Madame Clinton a aussi accepté la présidence d'honneur à cette conférence. Comme par hasard, le couple présidentiel était en Chine et ils sont revenus le 4 juillet. Dans son discours le Président dit que : " Les Agricultrices sont des Héroïnes silencieuses".
Je pense sincèrement que le Gouvernement Américain a très bien manipulé les Agricultrices en nous ôtant toute médiatisation à cet événement majeur pour nous les agricultrices. Même le vice président des États-Unis était absent du pays. Nous avons donc eu droit au Secrétaire d'État à l'Agriculture, qui lui, n'a déplacé aucun média.
Plusieurs conférenciers étaient très intéressants et je n'enlève pas la qualité des conférenciers. Ce que je reproche, c'est que nous avons été manipulées comme des marionnettes et çà je ne peux l'accepter. Notre métier, en tant qu'Agricultrices, a le droit au respect le plus élémentaire de tout Pays qui se respecte.
Un Pays sans une agriculture saine et forte, est un pays sans avenir économique et politique. Tous les habitants de la terre dépendent de l'Agriculture pour se nourrir. Or, nous savons également qu'au Canada 90 % des entreprises agricoles sont familiales et que les femmes s'occupent, à 85 %, de la tenue de livres et de la co-gestion de celles-ci.
Il y avait 20 agricultrices qui faisaient partie de la délégation canadienne conduite par notre Secrétaire d'État à l'Agriculture le Docteur Gilbert Normand. Il a très bien conduit sa délégation, quoique restreinte par rapport à l'Australie, qui elle, se constituait de 150 déléguées.
Ce rapport sera expédié au bureau du Dr Gilbert Normand, au Farm Women’s Bureau (F.W.B.), au bureau du Président des États-Unis au soin de Mme Hillary Clinton, au Gouvernement espagnol et autres organismes féminins.
Irène Marais Blondiau, présidente
Association des Collaboratrices et partenaires en affaires (ACPA)
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